Virginia Woolf
Romancière anglaise (1882-1941)
Virginia Woolf est née à Londres au sein d’une famille d’éditeurs célèbres ; son père était également critique littéraire et ami de Henry James, Tennyson et George Eliot ; il fonda le "Dictionary of National biography".
La jeunesse de Woolf fut marquée de divers événements graves et tristes, à commencer par l’inceste commis par son demi-frère et qui la marqua à jamais. Ensuite le décès prématuré de sa mère puis de sa demi-soeur, qui avait pris la relève de la mère, et finalement Toby, son frère préféré. C’est à la mort de celui-ci que Virginia eu un premier et très long accès des dépressions nerveuses dont elle souffrira toute sa vie et qui la mèneront finalement au suicide.
L’auteur reçut un enseignement à domicile donné par son père, ce dont elle gardera un souvenir de profonde frustration de n’avoir pu "jouer, courir, se chamailler, dire des gros mots" comme les enfants de son âge. Dans une lettre à son amie Vita Sackville-West elle confirmera combien elle s’ennuyait, solitaire, parmi les livres de son père. Lorsqu’il mourut, Virginia partit vivre avec sa soeur Vanessa (artiste peintre) et leurs deux frères dans leur maison de Bloomsbury ; grâce à un héritage, la situation matérielle de Virginia Woolf s’était fortement améliorée.
Vanessa épousera plus tard Clive Bell, quant à Virginia elle épousera Leonard Sidney Woolf, théoricien politique et écrivain. En 1917, il installa une petite presse à main sur la table de leur cuisine à Hogarth House et fonda les Editions Hogarth dont il restera le directeur jusqu’à sa mort. Les éditions Hogarth publièrent notamment des oeuvres de Katherine Mansfield, T.S. Eliot, E.M. Forster et Maxime Gorki, de même que la traduction des 24 volumes des oeuvres de Sigmund Freud. L’oeuvre écrite de Leonard Woolf comprend différents romans, des essais et les cinq volumes de ses mémoires.
La maison de Bloomsbury devint le lieu de prédilection du célèbre Groupe de Bloomsbury, dont faisaient partie E.M. Forster, Lytton Stratchey, Clive Bell et Leonard Woolf.
Virginia Woolf fut une figure centrale de la scène littéraire anglaise dans la période de l’entre-deux guerres tant à Londres qu’à Rodmell (Sussex) où elle habitait.
L’oeuvre entière de l’écrivain est considérée comme un essai féministe ; elle contribua de manière originale et novatrice dans la mise en forme du roman anglais. L’une des caractéristiques dans ses essais notamment est le ton de dialogue, d’un style complice qu’elle établit avec le lecteur auquel elle s’adresse quasi personnellement. Toute son oeuvre est fortement inspirée de sa propre vie et des êtres qu’elle cotoya. Son premier roman parut en 1915 et reflétait la vie de son frère Toby. Le fameux " Mrs. Dalloway " qui parut en 1925 offre une toile des pensées de plusieurs personnes dans le courant d’une seule journée et le personnage de Mrs. Ramsay est inspiré de la mère de Virginia ; tout au long de ce roman on retrouve les divers caractères inspirés par les membres de sa famille. "Orlando" est un roman fantastique racontant l’histoire d’un androgyne ayant une identité masculine sous Elisabeth Ière allant vers une identité féminine à travers le temps ; le personnage est fondé sur Vita Sackville-West, l’écrivaine qui fut pendant un temps l’amante de Woolf.
Dans ses ouvrages, Virginia Woolf aimait à développer des techniques littéraires destinées à révéler des expériences vécues par les femmes et trouver des alternatives à la vision masculine dominante de l’existence. "To the Lighthouse" (1923) lui permet d’exprimer avec une ironie acerbe les frustrations et désillusions du mariage. C’est avec "To the Lighthouse" et "The Waves" (1931) que Woolf fut consacrée en tant qu’écrivain à la tête du modernisme littéraire.
"The Waves" est probablement son roman le plus hermétique ; il s’agit de monologues de six personnages depuis l’enfance à leur vieillesse. A la suite de sa publication, le critique littéraire Louis Kronenberger dira que "Virginia Woolf ne s’intéresse pas vraiment aux êtres humains, mais plutôt aux symboles poétiques de la vie tels les saisons, le jour, la nuit, le pain, le vin, le temps et l’espace, ainsi que la naissance et la mort."
Les thèmes féministes dont Virginia Woolf se souciait particulièrement se retrouvent dans "A room of one’s own" où elle exprime le désormais fameux "Une femme doit absolument être indépendante financièrement et avoir une chambre à soi, surtout si elle veut écrire un roman". A la suite de sa publication, on demanda à Virginia de donner des conférences où elle exprima à nouveau les obstacles et les préjudices rencontrés par les femmes-écrivains.
Dans "Three Guineas " publié en 1938, l’auteur invitait les femmes à exiger leur propre histoire et leur propre littérature.
C’est en tant qu’écrivaine d’essais que Virginia Woolf fut la plus prolifique ; elle en publia environ 500 dans divers périodiques ou réunis sous un volume. L’écriture des essais de Woolf a été comparée au style de Montaigne.